UN-MARCH-2026-FRENCH

Multilingual Global Exclusive

PRINCIPALES

CARACTÉRISTIQUES

Sujets Spéciaux

Dawn Henwood, PhD

Clarity Connect Inc., Canada

Karolina Kastsiuchenka

Université d'État du

Mississippi, États-Unis

Lumières sur le leadership

Professeur Francisco

Marmolejo

Président de l’Enseignement

Supérieur, Qatar Foundation

Professeur Bassam

Alameddine

Président, AURAK, Émirats

arabes unis

Tendances

Professeur Christopher Hill

Université canadienne de

Dubaï, Émirats arabes unis

Perspectives de

l'Industrie

Natalia Czajkowska

Académie suisse pour le

leadership

et la durabilité (SALS)

Focus Régional

Professeur Huseyin

Atakan Varol

et Aigerim Sarsenova

Université Nazarbayev,

Kazakhstan

Volume 10

Mars 2026

Observer l’enseignement

supérieur mondial en action :

Lumières sur le leadership

réflexions sur le leadership,

l’internationalisation et l’impact social

Professeur Francisco Marmolejo Président de

l’Enseignement Supérieur, Fondation du Qatar

| Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social

02

Table Des Matières

Éditorial

Bienvenue dans la Lettre

d'information Universitaire

Par Laura Vasquez Bass

Rédactrice en chef

04

Sujets Spéciaux

Faire de l’impact de la recherche bien

plus qu’un simple slogan : une

approche humaniste de la mobilisation

des connaissances

Par Dawn Henwood, PhD, Fondatrice,

Clarity Connect Inc., Canada

08

Focus Régional

Du laboratoire à la société : comment les

universités peuvent développer une

intelligence artificielle générative à réel

impact public

Par le Professeur Huseyin Atakan Varol

(Directeur fondateur) et Aigerim

Sarsenova (Responsable principale des

affaires extérieures), Institut des

systèmes intelligents et de l’intelligence

artificielle (ISSAI)

Université Nazarbayev, Kazakhstan

42

Sujets Spéciaux

Les étudiants internationaux sur le

campus : visibles mais non représentés

Par Karolina Kastsiuchenka, doctorante

en leadership de l’enseignement

supérieur, coordinatrice des

programmes, Université d’État du

Mississippi, États-Unis

14

Lumières sur le

leadership

Observer l’enseignement supérieur

mondial en action : réflexions sur le

leadership, l’internationalisation et

l’impact social

Entretien avec le Professeur Francisco

Marmolejo, Président de l’Enseignement

Supérieur, Fondation du Qatar, Qatar

18

Lumières sur le

leadership

Former à la vie académique, industrielle et

civique dans un monde multipolaire à

l’Université Américaine de Ras Al Khaimah

Entretien avec le Professeur Bassam

Alameddine, Président, Université

Américaine de Ras Al Khaimah, Émirats

arabes unis

24

Tendances

« Les bastions traditionnels s’estompent

» : la prédominance de l’enseignement

supérieur international dans la région du

Golfe

Par le Professeur Christopher Hill,

Vice-président chargé de l’engagement

mondial, Université canadienne de

Dubaï, Émirats arabes unis

32

Perspectives

de l'Industrie

L’avenir du pouvoir est féminin :

prenez votre place à la table

Par Natalia Czajkowska, Présidente

fondatrice, Académie suisse pour le

leadership et la durabilité (SALS)

36

ARTICLE DE COUVERTURE

Page 17

Page 30

Page 47

Nous constatons tous et

célébrons l’impact des

étudiants internationaux

sur la vie du campus.

Mais être visible est-ce

suffisant ? Lisez la suite pour

découvrir comment les

universités peuvent aider

les étudiants

internationaux à être

véritablement représentés.

06

| Balancing Tradition and Transformation: Place and the Future of Universities

Laura Vasquez Bass

| Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social

04

Bienvenue dans la

Lettre d'information

Universitaire

U N M E S S A G E D E L A

R É D A C T R I C E E N C H E F

05

Laura Vasquez Bass

ÉDITORIAL

Rédactrice en chef

Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social |

06

| Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social

Bienvenue dans la Lettre

d'information Universitaire :

Sur le plan thématique, ce premier numéro

2026 de la Lettre d'information Universi-

taire prolonge, à bien des égards, la réflex-

ion amorcée dans notre dernier numéro

de décembre 2025. Notre article de cou-

verture à cette occasion consistait en un

entretien avec la Dre Fanta Aw, Directrice

exécutive

et

Présidente-directrice

générale de la NAFSA : Association des

éducateurs internationaux, qui abordait

l’internationalisation sous l’angle de l’évo-

lution de ses paramètres et de son champ

d’application actuel. Les auteurs réunis

dans ce numéro traitent, chacun à leur

manière, des questions liées aux (im)mo-

bilités mondiales et aux dynamiques de

production

des

connaissances,

ainsi

qu’aux adaptations nécessaires face aux

transformations rapides de ces réalités.

Comme l’écrit le Professeur Francisco Mar-

molejo,

Président

de

l’Enseignement

Supérieur à la Fondation du Qatar, dans le

titre de l’article de couverture de ce

numéro, il s’agit d’un changement en

action — un processus encore en cours de

déploiement. Comme le soulignent égale-

ment chacun des auteurs, il s’agit d’une

réflexion portant sur l’éthique et l’impact

social : comment les connaissances

produites dans l’enseignement supérieur

sont-elles mises en œuvre ? Qui détient le

pouvoir de les mobiliser, et dans quels con-

textes ? Qui y a accès ? Qu’il soit question

d’intelligence artificielle, de la place des

femmes dans l’industrie, de la mobilisation

des connaissances, de la représentation des

étudiants internationaux sur les campus ou

encore

du

recrutement

international,

chaque contribution aborde, à sa manière,

ces enjeux essentiels qui animent aujo-

urd’hui l’enseignement supérieur.

Dawn Henwood, PhD, fondatrice de Clarity

Connect Inc., ouvre ce numéro dans la sec-

tion Sujets Spéciaux. Ancienne spécialiste de

littérature, la Dre Henwood analyse le

domaine de la mobilisation des connais-

sances dans le contexte de l’intelligence

artificielle, en remettant en question les

discours institutionnels qui érigent l’expertise

technique en priorité absolue pour ce type

de mission. Alors que les universités doivent

renforcer leur proposition de valeur et élargir

la portée de leurs recherches au-delà des

campus, elle soutient que les chercheurs

formés

aux

humanités

apportent

des

compétences centrées sur l’humain indis-

pensables à la conduite de ces projets à

impact — des compétences que les univer-

sités n’ont pas encore pleinement recon-

nues ni stratégiquement mobilisées.

Karolina Kastsiuchenka, doctorante en lead-

ership de l’enseignement supérieur et coor-

dinatrice des programmes à l’Université

d’État du Mississippi, aux États-Unis, signe

également un article remarquable présenté

dans notre section Sujets Spéciaux. Mme

Kastsiuchenka analyse l’écart entre la visibil-

ité des étudiants internationaux sur les

campus et leur absence au sein des struc-

tures formelles de gouvernance étudiante.

Elle affirme que les différences culturelles et

l’inégalité du soutien institutionnel laissent

de nombreux étudiants internationaux insuf-

fisamment préparés à assumer des rôles

07

représentatifs, et elle plaide en faveur de dispositifs

de mentorat ciblés et de parcours de leadership

structurés afin de remédier à ce déséquilibre.

La section Lumières sur le leadership s’ouvre avec

notre article de couverture signé par le Professeur

Marmolejo. Dans cet entretien, il propose une réflex-

ion sur le leadership, l’internationalisation et l’évolu-

tion

des

responsabilités

de

l’enseignement

supérieur dans un contexte mondial profondément

interconnecté. S’appuyant sur sa vaste expérience

acquise à travers différentes régions et institutions, il

souligne en particulier la manière dont les universi-

tés peuvent et doivent transformer l’engagement

international en un impact social concret, à mesure

que l’internationalisation évolue dans ses pratiques

et ses finalités.

Nous avons également eu le privilège de présenter

deux dirigeants éminents dans ce numéro, le

second étant le Professeur Bassam Alameddine,

Président de l’Université Américaine de Ras Al

Khaimah (AURAK), aux Émirats arabes unis. Dans cet

entretien, le Professeur Bassam Alameddine exam-

ine la manière dont les universités peuvent concilier

une perspective globale avec leur responsabilité

envers leurs contextes locaux et régionaux dans un

monde multipolaire. En s’appuyant sur la mission et

le positionnement de l’AURAK, il explique comment

les établissements d’enseignement supérieur peu-

vent préparer les diplômés non seulement aux évo-

lutions des marchés du travail, mais également à

l’engagement civique et à la contribution sociale au

sein des communautés qu’ils servent.

Également depuis les Émirats arabes unis, le Profes-

seur Christopher Hill, Vice-président chargé de

l’engagement mondial à l’Université canadienne de

Dubaï, a contribué à notre section Tendances avec

un article à la fois brillant et particulièrement

opportun. Comme l’ont souligné d’autres contribu-

teurs de la Lettre d'information Universitaire, et

selon les termes du Professeur Hill, les « bastions

traditionnels [du recrutement d’étudiants interna-

tionaux] s’estompent », tandis que des régions

telles que le Golfe s’affirment comme de nouveaux

pôles d’attraction pour les étudiants internation-

aux. Le Professeur Hill analyse les contours de ce

déplacement géographique et en tire des conclu-

sions quant à l’évolution future de l’enseignement

supérieur international dans la région du Golfe.

Dans notre section Perspectives de l’Industrie,

Natalia Czajkowska, Présidente fondatrice de

l’Académie suisse pour le leadership et la durabil-

ité (SALS), propose une contribution engagée. En

tant que femme évoluant dans le secteur industri-

el, Mme Czajkowska défend avec conviction l’idée

que les femmes doivent devenir les architectes du

changement dans notre époque marquée par des

enjeux majeurs. Son article offre une réflexion pan-

oramique sur la paix, les marchés financiers, la

technologie, la durabilité, entre autres théma-

tiques, en appelant les femmes professionnelles à

prendre pleinement leur place et à impulser les

transformations indispensables pour l’avenir. Au

cœur de cette stratégie se trouve le modèle

adopté par la SALS, dans lequel des femmes occu-

pant des postes de leadership forment leurs suc-

cesseures, garantissant ainsi la pérennité de la

présence féminine aux postes de pouvoir.

Dans notre section Focus Régional, le Professeur

Huseyin Atakan Varol et Aigerim Sarsenova, qui

sont

respectivement

Directeur

fondateur

et

Responsable principale des affaires extérieures de

l’Institut des systèmes intelligents et de l’intelli-

gence artificielle (ISSAI) à l’Université Nazarbayev,

Kazakhstan, se concentrent sur l’intelligence artifi-

cielle générative. Ils examinent la question haute-

ment déterminante de savoir comment les univer-

sités peuvent faire passer l’innovation en intelli-

gence artificielle du laboratoire à la société au

sens large. En s’appuyant sur les travaux de l’ISSAI

comme étude de cas, ils montrent comment

l’entraînement de l’IA dans les langues locales, par

exemple, peut ancrer le développement tech-

nologique dans les besoins régionaux, créant ainsi

une valeur publique tangible et un impact social

réel.

Nous sommes très fiers de vous présenter cette

collection d’articles importants, à fort impact et

d’une grande actualité, pour votre appréciation.

Nous espérons, comme toujours, qu’ils susciteront

de nouveaux points de connexion et des échanges

riches.

Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social |

08

| Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social

SUJETS SPÉCIAUX

Dawn Henwood, PhD

Fondatrice, Clarity Connect Inc., Canada

une approche humaniste de la mobilisation

des connaissances

Au Canada, où la quasi-totalité des universi-

tés sont financées par des fonds publics, les

chercheurs font face à une pression crois-

sante pour démontrer aux bailleurs de fonds

gouvernementaux et aux contribuables la

valeur concrète de leurs travaux. La plupart

des programmes de subventions fédéraux et

provinciaux exigent désormais que les propo-

sitions de recherche incluent un plan de «

mobilisation des connaissances ». De plus en

plus, il ne suffit plus qu’un projet présente une

valeur scientifique ; il doit également démon-

trer son potentiel à produire des résultats

tangibles ayant des retombées économiques,

sociales ou environnementales.

Malgré les incitations intégrées aux pro-

grammes de financement, la mobilisation des

connaissances

demeure

davantage

un

slogan qu’une pratique largement répandue.

Il est temps de reconsidérer ce qu’il faut pour

faire passer les connaissances issues de la

recherche de l’évaluation par les pairs à la

“vie réelle”, ainsi que le type de talents néces-

saires pour y parvenir. Pour transformer la

science en impact, nous devons aller au-delà

de la seule expertise scientifique et des pro-

fessionnels formés scientifiquement.

Le déficit de talents en mobilisation des con-

naissances

Afin de faciliter la mobilisation des connais-

sances,

de

nombreuses

universités

ont

recruté une nouvelle catégorie d’administra-

teurs — des professionnels de la mobilisation

des connaissances. Leur rôle consiste à com-

muniquer les résultats de la recherche

au-delà de la Tour d’Ivoire et à en favoriser

l’adoption.

En théorie, la présence d’un responsable

désigné de la mobilisation des connaissances

“Il est temps de reconsidérer

ce qu’il faut pour faire passer

les connaissances issues de la

recherche de l’évaluation par

les pairs à la “vie réelle”, ainsi

que le type de talents

nécessaires pour y parvenir.

Pour transformer la science en

impact, nous devons aller

au-delà de la seule expertise

scientifique et des

professionnels formés

scientifiquement. “

Faire de l’impact de la recherche

bien plus qu’un slogan :

09

Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social |

Contrairement à ce que

pourraient laisser

entendre les offres

d’emploi, la mobilisation

des connaissances

implique bien plus que la

simple traduction des

recherches en résumés en

langage clair ou le partage

de données via des

publications sur les

réseaux sociaux. Si les

activités de base en

communication

scientifique peuvent

contribuer à sensibiliser à

un sujet de recherche, elles

ne suffiront pas à amener

les décideurs à utiliser la

recherche pour orienter les

politiques publiques ou

créer des produits

innovants.

10

devrait permettre aux équipes de recherche de

progresser rapidement vers leurs objectifs d’im-

pact. En réalité, toutefois, la mobilisation des con-

naissances requiert un ensemble diversifié de

compétences qui dépasse les capacités de nom-

breux mobilisateurs.

Dans un article marquant, des chercheurs britan-

niques et canadiens ont identifié 11 catégories

distinctes de « compétences d’impact » néces-

saires à la mobilisation des connaissances.

Celles-ci relèvent principalement de compétenc-

es non scientifiques, telles que la gestion du

changement, la communication, la facilitation, la

négociation, le leadership, la gestion de projet,

l’engagement et la gestion des parties prenantes,

ainsi que le renforcement des capacités.

Cette liste est si étendue qu’il est difficile d’imagin-

er qu’une seule personne puisse incarner l’ensem-

ble de ces compétences. Pourtant, les contraintes

budgétaires signifient que de nombreuses organi-

sations de recherche ne peuvent se permettre

qu’un seul recrutement en mobilisation des con-

naissances. Comme les scientifiques ont tend-

ance à recruter d’autres scientifiques, souvent de

récents diplômés de programmes de maîtrise ou

de doctorat — nombre de ces soi-disant profes-

sionnels de la mobilisation des connaissances —

ne disposent pas de l’ensemble des compétences

nécessaires pour remplir pleinement leurs fonc-

tions professionnelles.

Pourquoi nous avons besoin de plus de T que de I

Recherchez des postes en « mobilisation des con-

naissances » sur LinkedIn, et vous remarquerez une

tendance dans les descriptions d’emploi. La

| Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social

en langage clair ou le partage de données via

des publications sur les réseaux sociaux. Si les

activités de base en communication scienti-

fique peuvent contribuer à sensibiliser à un sujet

de recherche, elles ne suffiront pas à amener les

décideurs à utiliser la recherche pour orienter

les politiques publiques ou créer des produits

innovants.

La mobilisation authentique des connaissances

se concrétise par des activités intentionnelles,

souvent intensives, de construction de relations.

Celles-ci incluent, par exemple, des événe-

ments communautaires, des partenariats avec

des groupes communautaires et des réunions

(de nombreuses réunions) avec des décideurs

politiques et d’autres responsables décision-

nels.

Alors qu’une personne formée comme scienti-

fique peut exercer avec compétence un rôle

restreint de communication scientifique — à

condition de rester dans le cadre de sa spécial-

ité — elle tend à manquer des compétences

humaines qui font la différence entre un I et un T.

Sa formation académique lui confère un

vocabulaire précis et une compréhension

approfondie des méthodologies. Toutefois, elle

lui laisse une compréhension moins fine de ce

qui motive les individus, de la manière de nav-

iguer dans des situations sociales délicates et

de la façon d’accéder à des personnes

intégrées dans des systèmes complexes et de

les influencer.

Il est vrai que de nombreux professionnels de la

mobilisation des connaissances issus d’une

formation scientifique acquièrent une intelli-

gence sociale par l’expérience. Si nous voulons

accélérer le transfert de la recherche du milieu

académique vers la pratique, pourquoi ne pas

recruter du personnel déjà doté de compétenc-

es stratégiques essentielles à la mission ?

plupart

des

organisations

de

recherche

cherchent à recruter des employés en forme

de I, des professionnels dont le profil repose sur

une expertise approfondie, ou verticale, dans

un domaine donné. Par exemple, un institut de

recherche consacré à la biologie marine

annoncera probablement un poste pour un

biologiste marin et écartera les candidats

ayant une formation en biochimie.

Cet accent mis sur les connaissances disci-

plinaires néglige la nécessité de recruter des

personnes dotées de compétences plus trans-

versales — des profils en forme de T plutôt

qu’en forme de I. Il s’agit d’individus qui pos-

sèdent une connaissance verticale suffisante

combinée à un ensemble de compétences

horizontales adaptables. La barre supérieure

de leur profil en T leur permet d’évoluer à

travers différents domaines et situations.

Contrairement à ce que pourraient laisser

entendre les offres d’emploi, la mobilisation

des connaissances implique bien plus que la

simple traduction des recherches en résumés

“Si nous voulons accélérer

le transfert de la recherche

du milieu académique vers

la pratique, pourquoi ne

pas recruter du personnel

déjà doté de compétences

stratégiques essentielles à

la mission ?”

11

Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social |

L’apport des sciences humaines

Dans le domaine de la mobilisation des connais-

sances, comme dans de nombreux autres sec-

teurs, l’intelligence artificielle est présentée

comme la solution à de nombreuses inefficac-

ités. Certes, les technologies émergentes peu-

vent contribuer à plusieurs aspects de la mobili-

sation

des

connaissances.

Elles

peuvent

accélérer certaines étapes de la recherche doc-

umentaire, la rédaction de textes de niveau

élémentaire

et

routinier,

la

conception

graphique, le montage vidéo ainsi que les

processus administratifs.

Ce que l’intelligence artificielle ne fera pas, c’est

combler le déficit de talents créé par le recrute-

ment de professionnels au profil en I pour diriger

les initiatives de mobilisation des connaissanc-

es. Pour mobiliser véritablement les connais-

sances, nous avons besoin de plus que des outils

les plus récents. Nous avons besoin de

personnes capables de mobiliser d’autres

personnes.

Bien que les chercheurs aient produit des

dizaines de théories, de modèles et de cadres

conceptuels pour expliquer comment la mobili-

sation des connaissances pourrait ou devrait

fonctionner,

aucun

schéma

parfaitement

ordonné ne peut saisir la complexité du proces-

sus tel qu’il se déploie réellement. Dès que les

personnes entrent en jeu, les lignes droites com-

mencent à vaciller et les trajectoires claires

deviennent floues.

Ce sont précisément dans ces conditions que

les diplômés en sciences humaines excellent,

comme l’illustrent avec justesse les célèbres vers

du poème « Jabberwocky » de Lewis Carroll :

Vus à travers un prisme scientifique, de tels mots

(si l’on peut les qualifier ainsi) sont dépourvus de

sens. Pour un esprit formé à apprécier et à nav-

iguer dans l’ambiguïté artistique, en revanche, ils

prennent tout leur sens. Ils transmettent, par des

modes non conventionnels de représentation

linguistique,

l’expérience

d’entrer

dans

un

monde mystérieux et menaçant. Ce n’est pas

parce que le langage ne peut être décodé,

syllabe par syllabe, que nous ne pouvons pas y

accéder ni l’interpréter.

| Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social

“Bien que les chercheurs

aient produit des dizaines

de théories, de modèles et

de cadres conceptuels pour

expliquer comment la

mobilisation des

connaissances pourrait ou

devrait fonctionner, aucun

schéma parfaitement

ordonné ne peut saisir la

complexité du processus tel

qu’il se déploie réellement.

Dès que les personnes

entrent en jeu, les lignes

droites commencent à

vaciller et les trajectoires

claires deviennent floues. ”

12

’Twas brillig, and the slithy toves

Did gyre and gimble in the wabe:

All mimsy were the borogoves,

And the mome raths outgrabe.

Une grande partie du processus de mobilisation

des connaissances, qui varie d’une situation

obscure à l’autre, ressemble à l’ouverture d’un

chemin à travers le « brillig, and the slithy toves

». Pour mener cette entreprise, nous avons

besoin de mobilisateurs des connaissances

capables d’opérer sans GPS, des professionnels

aptes à mobiliser d’autres modes et mécan-

ismes de production de sens.

Je ne parle pas d’outils anciens, tels que les

sextants, mais plutôt des compétences fine-

ment développées grâce à l’étude des disci-

plines des sciences humaines, telles que

l’anglais, la philosophie, la musique, l’histoire de

l’art, les langues modernes, les lettres clas-

siques et les sciences politiques. La formation

académique dans ces domaines renforce la

maîtrise des méthodes de recherche ainsi que

des compétences liées à la perception sociale,

à la communication interpersonnelle, à la

narration, à la persuasion, à la résolution de

problèmes, à la pensée critique, à la pensée

créative, à la pensée stratégique, à la réflexion

et à la métacognition (la capacité de réfléchir

de manière critique à ses propres processus de

pensée).

Pour trouver ce talent en forme de T, les organi-

sations de recherche n’ont pas besoin de

rechercher une licorne, ce scientifique rare qui

réunirait à la fois une expertise technique

approfondie et des compétences humaines

sophistiquées. Elles doivent simplement se

tourner vers les disciplines des sciences

humaines, qui possèdent une longue tradition

de développement des compétences transver-

sales, notamment la capacité à décrypter des

idées complexes à travers différents domaines.

Ancienne spécialiste de la littérature du XIXe

siècle, j’ai mis à profit mes compétences en

“Ancienne spécialiste de la

littérature du XIXe siècle, j’ai

mis à profit mes compétences

en sciences humaines pour

offrir des services de conseil

en communication à des

chercheurs issus d’un large

éventail de disciplines, allant

de l’intelligence artificielle

aux sciences vétérinaires. Si

nous voulons réellement

accélérer la mobilisation des

connaissances, nous devons

créer davantage

d’opportunités pour

permettre à d’autres

spécialistes des sciences

humaines de contribuer à

cette mission. ”

13

sciences humaines pour offrir des services de

conseil en communication à des chercheurs

issus d’un large éventail de disciplines, allant de

l’intelligence artificielle aux sciences vétéri-

naires. Si nous voulons réellement accélérer la

mobilisation des connaissances, nous devons

créer davantage d’opportunités pour permettre

à d’autres spécialistes des sciences humaines

de contribuer à cette mission.

Au Canada et ailleurs, la mobilisation des con-

naissances n’est plus un simple atout facultatif,

mais

une

nécessité.

À

mesure

que

les

problèmes mondiaux deviennent plus com-

plexes et plus pressants, les chercheurs sont

appelés à proposer des conseils et des solu-

tions innovants. Pour y parvenir, nous ne pou-

vons pas compter uniquement sur les scienti-

fiques ou sur des outils appuyés par l’intelli-

gence artificielle pour mobiliser la recherche.

Nous avons besoin de talents en forme de T

capables de diriger un travail multidimension-

nel et relationnel — et les diplômés en sciences

humaines sont particulièrement bien préparés

pour assumer ce rôle.

Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social |

14

SUJETS SPÉCIAUX

Ayant été moi-même

étudiante internationale par

le passé, je comprends que,

malgré leur présence

importante et dynamique

sur le campus, les étudiants

internationaux demeurent

largement absents des

espaces traditionnels de

leadership étudiant non

culturels. Et il ne devrait pas

en être ainsi.

| Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social

Les étudiants internationaux sur

le campus sont visibles, mais ils

ne sont pas représentés

Il y a quelques mois, je me suis entretenue

avec la seule étudiante internationale que je

connaisse ayant siégé au sénat étudiant de

notre université. « Parfois, il est difficile d’être la

seule

représentante

dans

de

nombreux

espaces », m’a-t-elle confié. « Les étudiants

internationaux ont tendance à rester au sein

des

organisations

culturelles,

mais

nous

sommes comme le reste du corps étudiant.

Nous devrions être visibles sur le campus. Je

termine mes études ce semestre et j’ai

énormément de difficulté à trouver un étudiant

international pour reprendre mon rôle. » Ses

paroles sont restées gravées en moi — non

seulement en raison de sa sincérité et des sen-

timents personnels qui les sous-tendaient,

mais aussi parce qu’elles révèlent une réalité

plus profonde. Ayant été moi-même étudiante

internationale par le passé, je comprends que,

malgré leur présence importante et dynami-

que sur le campus, les étudiants internation-

aux demeurent largement absents des espac-

es traditionnels de leadership étudiant non

culturels. Et il ne devrait pas en être ainsi.

En travaillant étroitement avec des étudiants

internationaux, j’ai été témoin de leur immense

fierté lorsqu’ils interprètent leurs danses tradi-

tionnelles, portent leurs drapeaux, organisent

de grands événements culturels et occupent

des postes exécutifs au sein de diverses

organisations culturelles ou liées à leur pays

d’origine. Malgré cette présence, ils sont

presque invisibles dans les rôles de leadership

traditionnels du campus — gouvernement

étudiant,

associations

étudiantes,

pro-

grammes d’orientation, mentorat par les pairs,

voire fraternités et sororités ainsi que d’autres

instances qui influencent la culture et les poli-

tiques du campus.

Un jour, j’ai donc entrepris une longue marche

à travers le campus. En rencontrant des étudi-

ants internationaux, je leur ai posé des ques-

tions concernant leur engagement et leur

relation avec ces organisations non culturelles.

Les réponses les plus fréquentes que j’ai recue-

illies étaient les suivantes : « nous ne nous y

intégrerons pas » ; « nous n’aurons pas le

même soutien que les étudiants nationaux » ; «

pas de représentation » ; « différences cultur-

elles » ; « systèmes de soutien », etc.

Certaines de ces réponses découlent de

normes culturelles et de différences entre les

établissements internationaux et ceux des

États-Unis. De nombreux étudiants internation-

aux proviennent de systèmes éducatifs où les

fonctions de leadership sont attribuées et non

élues. Prendre la parole en public, remettre en

question les normes institutionnelles ou faire

campagne pour obtenir des votes peut ne pas

leur sembler naturel — cela peut même paraî-

tre totalement inapproprié. Sur le plan social

également, les étudiants internationaux trou-

vent souvent réconfort et sentiment d’apparte-

nance au sein des organisations culturelles,

surtout lorsque les espaces plus larges du

campus semblent peu accueillants ou simple-

Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social | 15

Karolina Kastsiuchenka

Doctorante, Leadership de l’enseignement supérieur

Coordinatrice des programmes

Université d’État du Mississippi

États-Unis (U.S.)

“J’ai travaillé avec des étudiants

internationaux parmi les plus

brillants, motivés et compétents,

qui accomplissent des choses

remarquables. Je les ai vus

planifier, organiser et mettre en

œuvre des événements et des

programmes d’envergure pour

leurs organisations culturelles,

occuper des postes de leadership

tout en soutenant leurs membres et

en résolvant des problèmes

logistiques avec créativité et

résilience. Ce sont précisément les

qualités que nous recherchons chez

les leaders étudiants des

organisations non culturelles,

pourtant de nombreux étudiants

internationaux ne se considèrent

pas comme qualifiés pour diriger

des organisations non culturelles.

Plus préoccupant encore, ils

peuvent ne pas avoir le sentiment

d’y appartenir. ”

16

ment inconnus. N’oublions pas non plus les

restrictions liées aux visas. Les étudiants inter-

nationaux ne sont autorisés à travailler que 20

heures par semaine sur le campus. Certains

postes de leadership sont assortis d’indemnités

ou d’exigences susceptibles d’entrer en conflit

avec les conditions de visa. Si les opportunités

de leadership rémunérées constituent un excel-

lent moyen pour les étudiants nationaux de

subvenir

à

leurs

besoins,

elles

peuvent

représenter une contrainte pour la commu-

nauté internationale. Enfin, en ce qui concerne le

mentorat et l’accompagnement, de nombreux

étudiants nationaux accèdent aux rôles de

leadership grâce à des recommandations de

professeurs, à des encouragements précoces

de conseillers pédagogiques ou à l’influence

d’amis déjà engagés dans des fonctions

dirigeantes. Les étudiants internationaux béné-

ficient rarement de ces filières, lorsqu’ils y ont

accès. Ils sont moins susceptibles d’être invités

à y participer et plus susceptibles d’être

négligés.

En tant que personne travaillant étroitement

avec des leaders étudiants et des organisations

étudiantes, j’ai travaillé avec des étudiants

internationaux parmi les plus brillants, motivés

et compétents, qui accomplissent des choses

remarquables. Je les ai vus planifier, organiser

et mettre en œuvre des événements et des

programmes d’envergure pour leurs organisa-

tions culturelles, occuper des postes de leader-

ship tout en soutenant leurs membres et en

résolvant des problèmes logistiques avec créa-

tivité et résilience. Ce sont précisément les qual-

ités que nous recherchons chez les leaders

étudiants des organisations non culturelles,

pourtant de nombreux étudiants internationaux

ne se considèrent pas comme qualifiés pour

diriger des organisations non culturelles. Plus

préoccupant encore, ils peuvent ne pas avoir le

sentiment d’y appartenir.

Dans mes échanges avec des étudiants inter-

nationaux, j’ai appris qu’ils estiment que les

organisations non culturelles sont réservées aux

étudiants nationaux. Cela peut s’expliquer par le

fait que personne ne les a encouragés ni invités

à y adhérer et à proposer leur candidature pour

un poste de leadership. Pourtant, j’ai vu des

étudiants internationaux s’épanouir dans des

environnements où ils reçoivent une invitation,

surtout lorsque quelqu’un a intentionnellement

investi du temps pour leur expliquer des

| Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social

“Lorsque nous n’investissons pas dans

le potentiel de leadership des étudiants

internationaux, nous ne manquons pas

seulement de représentation, mais nous

perdons également des perspectives

uniques, riches en éclairages culturels

et, plus important encore, l’occasion de

démontrer que nos campus sont

véritablement engagés à être

mondiaux. ”

“Lorsque tous les étudiants

ont la possibilité de diriger,

le campus en bénéficie. ”

21

17

éléments simples qui peuvent sembler évidents

aux étudiants nationaux. Lorsque nous n’inves-

tissons pas dans le potentiel de leadership des

étudiants internationaux, nous ne manquons

pas seulement de représentation, mais nous

perdons également des perspectives uniques,

riches en éclairages culturels et, plus important

encore, l’occasion de démontrer que nos

campus sont véritablement engagés à être

mondiaux.

Les universités rendent souvent les étudiants

internationaux visibles en mettant en avant des

drapeaux et en organisant des festivals gas-

tronomiques internationaux, des événements

culturels et divers programmes. Ce sont tous

des événements pertinents et porteurs de sens,

mais ils offrent souvent une représentation

symbolique à l’échelle du campus. Ces mani-

festations permettent aux étudiants interna-

tionaux d’exprimer leur fierté culturelle, mais

elles limitent la portée de leurs capacités de

leadership.

Bien que les programmes de leadership et les

modèles de gouvernement étudiant soient

fortement

centrés

sur

les

États-Unis

(c’est-à-dire qu’ils utilisent des règles de cam-

pagne et du matériel promotionnel américains

pouvant sembler déroutants ou excluants pour

des étudiants peu familiers avec ces codes

culturels), les étudiants internationaux n’éprou-

vent pas de difficultés à participer et à s’engag-

er dans ces processus au sein des organisations

culturelles. Toutefois, les programmes d’orien-

tation, les services de conseil académique et les

divisions des affaires étudiantes vont rarement

au-delà d’un simple encouragement à « s’im-

pliquer ». Cela ne se traduit pas en action à

moins

d’être

accompagné

d’explications

claires, d’intentions explicites et d’invitations

directes. Trop souvent, le message reçu est le

suivant : « Oui, vous êtes les bienvenus pour

rejoindre cette opportunité de leadership, mais

seulement si vous savez déjà comment diriger. »

Il arrive que les étudiants internationaux soient

invités et encouragés à contribuer leur culture

au campus, mais pas leur voix dans l’élabora-

tion des politiques ou des programmes de

celui-ci.

Ainsi, la solution est très simple. Si nous voulons

créer des campus véritablement inclusifs pour

les étudiants internationaux, nous devons aller

au-delà de l’invitation à « s’impliquer » et, avec

intention, les aider à construire des parcours

favorisant l’émergence de leur leadership. Cela

commence par une remise en question de la

manière dont nous définissons et structurons le

leadership. Les gouvernements étudiants et les

programmes de leadership devraient examiner

comment leurs formats peuvent, involontaire-

ment, exclure des étudiants issus de contextes

culturels ou linguistiques différents. Deuxième-

ment, nous devons former les enseignants, les

conseillers et les professionnels des affaires

étudiantes à identifier et à soutenir activement

les étudiants internationaux qui présentent un

potentiel.

Ces

étudiants

se

distinguent

généralement dans nos salles de classe ou nos

bureaux ; ils ont simplement besoin d’un peu

d’orientation. Troisièmement, le mentorat !

Associer des étudiants internationaux à des

pairs ou à des mentors professionnels capables

de comprendre leurs expériences et leurs défis,

de simplifier et d’expliquer la culture du campus

et de les encourager peut faire une réelle

différence pour ces étudiants.

Lorsque tous les étudiants ont la possibilité de

diriger, le campus en bénéficie.

Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social |

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| Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social

LUMIÈRES SUR LE LEADERSHIP

Professeur Francisco Marmolejo

Président de l’Enseignement Supérieur,

Fondation du Qatar, Qatar

ARTICLE DE COUVERTURE

Aujourd’hui, à la Fondation

du Qatar, j’ai le privilège de

faire partie d’un écosystème

unique qui réunit huit

universités prestigieuses,

formant des étudiants issus

de plus de 120 pays dans un

environnement d’innovation

et de transformation sociale

au sein d’Education City, à

Doha.

Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social |

Observer l’enseignement

supérieur mondial en action :

Réflexions sur le leadership, l’internationalisation

et l’impact social

Entretien avec le Professeur Francisco Marmolejo, Président de

l’Enseignement Supérieur, Fondation du Qatar, Qatar

Entretien avec le Professeur Francisco Marmolejo, Président de

l’Enseignement Supérieur, Fondation du Qatar, Qatar

19

Docteur Marmolejo, merci beaucoup d’avoir

accepté de vous entretenir aujourd’hui avec la

Lettre d'information Universitaire. Comme

nous le demandons à toutes nos figures émi-

nentes du leadership, pourriez-vous com-

mencer par présenter à nos lecteurs votre

parcours professionnel jusqu’à présent, et

expliquer comment celui-ci vous a conduit à

votre poste actuel de Président de l’Enseigne-

ment Supérieur à la Fondation du Qatar.

Ce

fut

un

long

parcours,

profondément

enrichissant, qui a commencé il y a plus de

quatre décennies au Mexique. Jeune diplômé

de mon alma mater, l’Université autonome de

San Luis Potosí (UASLP), j’ai eu le privilège d’ac-

cueillir périodiquement des délégations inter-

nationales en visite dans notre université. À

cette époque, j’ai été frappé par la remarqua-

ble diversité des modèles académiques à

travers le monde et par les bénéfices con-

sidérables de la collaboration internationale.

Des années plus tard, alors que j’occupais le

poste de Vice-président académique à l’Uni-

versidad de las Américas à Mexico, j’ai com-

mencé à établir des liens avec des universités

et des organisations internationales d’ensei-

gnement supérieur. Ces efforts ont finalement

conduit à ma sélection, en 1994, comme

premier Mexicain admis au programme de

bourses de l’American Council on Education

(ACE). En conséquence, ma famille et moi

avons déménagé à Amherst, dans le Massa-

chusetts, où j’ai accompagné en observation «

shadowed » David K. Scott, Chancelier de l’Uni-

versité

du

Massachusetts

Amherst.

Cette

expérience a constitué une occasion d’ap-

prentissage déterminante, me permettant de

mieux comprendre les complexités et les

caractéristiques distinctives du système d’en-

seignement supérieur des États-Unis dans une

perspective comparative internationale.

À l’issue de cette bourse, j’ai rejoint l’Université

de l’Arizona en tant que Directeur d’un réseau

naissant de collaboration en enseignement

supérieur entre les États-Unis et le Mexique.

Cette initiative a finalement conduit à la créa-

tion du Consortium for North American Higher

Education Collaboration (CONAHEC). Seize ans

plus tard, lorsque j’ai quitté l’Université de l’Ari-

zona, le CONAHEC comptait la participation

active de plus de 150 collèges et universités,

L’excellence définie

uniquement par la

qualité de

l’enseignement ne

suffit pas — en

particulier lorsqu’elle

ne se traduit pas par un

impact positif sur la

communauté ou qu’elle

néglige la

responsabilité de

l’enseignement

supérieur de cultiver

non seulement la

compétence

professionnelle, mais

aussi un fort sens de la

responsabilité sociale

chez les étudiants.

20

principalement des États-Unis, du Canada et

du Mexique.

Par la suite, j’ai rejoint l’équipe Éducation de la

Banque mondiale en tant que Spécialiste prin-

cipal de l’enseignement supérieur et Coordi-

nateur mondial de son réseau d’enseigne-

ment supérieur. Dans ce rôle, j’ai contribué à

des projets de développement de l’enseigne-

ment supérieur dans plus de 80 pays, y com-

pris un mandat de trois ans à New Delhi, en

Inde.

En résumé, ce parcours a été riche en apprent-

issages et en occasions extraordinaires d’ob-

server l’enseignement supérieur en action

dans plus de 100 pays. Aujourd’hui, à la Fonda-

tion du Qatar, j’ai le privilège de faire partie

d’un écosystème unique qui réunit huit univer-

sités prestigieuses, formant des étudiants

issus de plus de 120 pays dans un environne-

ment

d’innovation

et

de

transformation

sociale au sein d’Education City, à Doha.

Comme vous l’avez évoqué, votre carrière

s’est déployée au sein d’organisations multi-

latérales, de systèmes nationaux et désor-

mais de l’un des écosystèmes éducatifs les

plus distinctifs au monde à la Fondation du

Qatar. Comment votre compréhension de ce

qui rend l’enseignement supérieur « trans-

formateur » a-t-elle évolué à travers ces

contextes variés ?

Observer les universités et autres établisse-

ments d’enseignement supérieur en action

dans de nombreux pays, et échanger avec des

étudiants, des membres du corps professoral

et des responsables gouvernementaux, m’a

offert une occasion unique de constater

directement des aspirations communes pour-

suivies par des approches diverses. Ces

expériences ont renforcé ma conviction que

les

systèmes

d’enseignement

supérieur

véritablement transformateurs sont ceux qui

donnent la priorité à des actions à fort impact

social. L’excellence définie uniquement par la

qualité de l’enseignement ne suffit pas — en

particulier lorsqu’elle ne se traduit pas par un

impact positif sur la communauté ou qu’elle

néglige la responsabilité de l’enseignement

supérieur de cultiver non seulement

la

compétence professionnelle, mais aussi un

fort sens de la responsabilité sociale chez les

étudiants.

Cette conviction constitue la principale raison

pour laquelle je n’ai pas hésité lorsque Son

Altesse Sheikha Moza bint Nasser m’a invité à

rejoindre son initiative visionnaire à la Fonda-

tion du Qatar. Son mandat est clair et inspirant

: libérer le potentiel humain est un droit fonda-

mental, et notre responsabilité collective est

de le permettre à travers une éducation trans-

formative et à fort impact — une idée à la fois

simple et puissante.

Lors de notre précédent entretien dans la

section Lumières sur le leadership avec la Dre

Fanta Aw, Directrice exécutive et Présiden-

te-directrice générale de la NAFSA, nous

avons abordé la question de l’internationali-

sation — en particulier la manière dont sa

| Witnessing Global Higher Education in Action: Reflections on Leadership, Internationalization and Social Impact

| Observer l’enseignement supérieur mondial en action : Réflexions sur le leadership, l’internationalisation et l’impact social