Volume 07
Équilibrer tradition et
transformation :
le lieu et l’avenir des universités
Tim Ringrose, University of St
Andrews, Écosse, Royaume-Uni
Septembre
2025
Multilingual Global Exclusive
PRINCIPALES
CARACTÉRISTIQUES
Perspectives de l'Industrie
Gonzalo Peralta,
Directeur exécutif,
Langues Canada
Dr Narimane Hadj-Hamou,
Fondatrice et PDG,
CLICKS, Émirats arabes unis
Focus Régional
Perspectives académiques
Dr Kunal Rajput et
Dr Mireille Elhajj,
Imperial College London, Royau-
me-Uni
Lumières sur le leadership
Professeure Dima Jamali,
Doyenne, Adnan Kassar School of
Business, Université libano-américai-
ne, Liban
Professeur Mohammed Awad,
Vice-recteur adjoint aux affaires
académiques, American University of
Ras Al Khaimah, Émirats arabes unis
Dr Aida Sagintayeva,
Doyenne GSE, Nazarbayev
University, Kazakhstan
Sujets spéciaux
02
| Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités
Table Des Matières
Éditorial
Bienvenue à la Lettre
d'information Universitaire
Par Laura Vasquez Bass
Rédactrice en chef
06
Sujets spéciaux
Équilibrer tradition et transformation : faire
progresser l’éducation des cadres à St
Andrews
Par Tim Ringrose, Directeur de l’éducation
des cadres, University of St Andrews,
Écosse, Royaume-Uni
08
Focus Régional
De la recherche au leadership :
Comment une institution toute récente a
transformé l’enseignement supérieur au
Kazakhstan
Par Dr Aida Sagintayeva,
Doyenne, Graduate School of Education
Nazarbayev University, Kazakhstan
40
Lumières sur
le leadership
Vers l’innovation, l’inclusion et le
leadership régional : entretien avec
la professeure Dima Jamali,
doyenne de l’Adnan Kassar School of
Business, Université libano-améric-
aine, Liban
14
Lumières sur
le leadership
Diriger avec intégrité et résilience :
entretien avec le professeur Moham-
med Awad, vice-recteur adjoint aux
affaires académiques et professeur
d’informatique, American University of
Ras Al Khaimah (AURAK), Émirats
arabes unis
18
Perspectives
académiques
Renforcer la cybersécurité dans les
systèmes cyber-physiques de santé grâce
à l’inférence bayésienne causale
Par Dr Kunal Rajput MBCHB MRCS,
Chercheur académique en cybersécurité
des soins de santé, Imperial College
London, Royaume-Uni
Par Dr Mireille Elhajj FRIN,
Professeure associée invitée, Imperial
College London, Royaume-Uni
26
Perspectives
de l'Industrie
L’anglais et le français à des fins
académiques : Offrir des Chances Égales à
la Réussite des Étudiants Internationaux
Par Gonzalo Peralta, Directeur exécutif,
Langues Canada
30
Perspectives
de l'Industrie
Des salles de classe aux carrières :
Repenser l’employabilité dans un monde
qui n’attend pas
Par Dr Narimane Hadj-Hamou,
Fondatrice et PDG, Center for Learning
Innovations & Customized Knowledge
36
ARTICLE DE COUVERTURE
Page 44
Page 12
Page 20
“L’impact du NUGSE
dépasse la salle de
classe. Ses diplômés
quittent les programmes
de formation et
académiques non
seulement avec de
nouvelles idées, mais
aussi avec la volonté de
les mettre en œuvre et la
confiance nécessaire
pour y parvenir.”
06
| Balancing Tradition and Transformation: Place and the Future of Universities
Laura Vasquez Bass
Bienvenue à la
Lettre d'information
Universitaire
U N M O T D E L A R É D A C T R I C E
E N C H E F
04
| Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités
05
Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités |
ÉDITORIAL
Rédactrice en chef
LAURA VASQUEZ BASS
06
Bienvenue à la
Lettre d'information
Universitaire :
L’un des aspects les plus marquants de
l’enseignement supérieur aujourd’hui est
la manière dont les universités se trou-
vent simultanément étirées entre un
ancrage physique et une portée sans
limites. Le titre de ce numéro est tiré de
notre article de couverture signé par Tim
Ringrose, directeur de l’éducation des
cadres à l’University of St Andrews,
Écosse, Royaume-Uni, qui réfléchit à
l’importance durable du lieu universitaire
au milieu des transformations, comme la
création récente de la Business School et
des programmes d’éducation des cadres
à St Andrews. À une époque où l’enseig-
nement en ligne et à distance s’est déve-
loppé à une vitesse sans précédent,
Ringrose nous invite à reconsidérer la
valeur de l’environnement matériel et
culturel de l’université : les cours intérieu-
res et les amphithéâtres, les villes envi-
ronnantes, les géographies humaines qui
confèrent aux universités leur caractère
distinctif. Sa contribution nous rappelle
que, si le numérique peut élargir l’accès et
offrir de la flexibilité, c’est bien le senti-
ment d’appartenance et d’identité lié à
l’expérience physique de la vie sur le
campus qui permet aux institutions
d’équilibrer tradition et transformation.
Dans ce numéro, nous sommes ravis de
mettre en lumière deux leaders éminents
dans notre section Lumières sur le leader-
ship. Tout d’abord, nous avons le plaisir
d’accueillir la professeure Dima Jamali,
doyenne de l’Adnan Kassar School of
Business à l’Université libano-américaine
(Liban), à l’occasion de sa nouvelle fonc-
tion. La professeure Jamali a eu l’amabili-
té de partager avec nous certaines des
qualités et compétences clés qui ont
marqué ses nombreux et divers rôles
dans le monde académique, le leaders-
hip et les politiques, ainsi que ses aspira-
tions pour l’avenir de la School of Business
de la LAU. Nous sommes également heu-
reux de présenter les réflexions du profes-
seur Mohammed Awad, vice-recteur
adjoint aux affaires académiques à
l’American University of Ras Al Khaimah
(EAU), qui s’est appuyé sur sa vaste expé-
rience en enseignement et en recherche
pour exposer sa vision du leadership. À
l’instar de Tim Ringrose, il réfléchit aussi à
la place et à l’impact de l’AURAK dans son
environnement local, offrant un aperçu
du caractère cosmopolite de Ras Al Khai-
| Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités
mah. Dans notre section Perspectives acadé-
miques, nous présentons les recherches du Dr
Kunal Rajput, chercheur académique en cyber-
sécurité des soins de santé à l’Imperial College
London (Royaume-Uni), et de l’une de ses con-
seillères, la Dr Mireille Elhajj, professeure asso-
ciée invitée également à l’Imperial College
London. Les travaux du Dr Rajput explorent les
moyens de protéger les systèmes cyber-physi-
ques de santé, tels que ceux du National Health
Service britannique, contre les vulnérabilités.
Les auteurs nous rappellent que les infrastruc-
tures qui soutiennent nos sociétés — tout
comme les universités elles-mêmes — néces-
sitent confiance, vigilance et prévoyance. Dans
ce numéro, deux leaders éminents issus de
différents secteurs de l’industrie contribuent à
notre section Perspectives de l’Industrie. Gon-
zalo Peralta, directeur exécutif de Langues
Canada, met en avant le rôle des programmes
d’anglais et de français à des fins académi-
ques comme leviers d’égalité, améliorant la
réussite des étudiants dans divers domaines
tels que la moyenne générale et la rétention au
sein du système d’enseignement supérieur
diversifié du Canada. Pour sa part, la Dr Nari-
mane Hadj-Hamou, fondatrice et PDG du
Center for Learning Innovations & Customized
07
Knowledge Solutions (CLICKS), nous invite à
repenser l’employabilité dans un monde en
évolution rapide. Forte de plus de deux décen-
nies d’expérience dans l’enseignement supé-
rieur, elle puise dans sa riche expertise pour
conseiller à la fois les universités et les
étudiants sur les compétences incontourna-
bles qu’ils doivent développer pour réussir dans
l’avenir du travail.
Enfin, notre section Focus Régional se tourne
vers l’Asie centrale, où la Dr Aida Sagintayeva,
doyenne de la Graduate School of Education à
la Nazarbayev University, revient sur la trajec-
toire remarquable de cette institution depuis sa
création. Sa contribution illustre comment une
université, bien que récemment fondée, peut
néanmoins servir de pilier aux aspirations
nationales et à la transformation éducative.
Comme toujours, ce numéro de la Lettre
d'information Universitaire vise à susciter une
réflexion sur les défis actuels et les horizons
futurs de l’enseignement supérieur. Des salles
ancestrales de St Andrews aux campus émer-
gents d’Asie centrale, de Beyrouth à Ras Al
Khaimah en passant par Londres, ces contribu-
tions nous rappellent que le lieu demeure au
cœur de la manière dont les universités don-
nent du sens. Même si l’enseignement supé-
rieur devient plus global, numérique et mobile,
les ancrages physiques et culturels de nos
institutions continuent de nous structurer, en
préservant la tradition tout en rendant possible
la transformation.
Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités |
08
SUJETS SPÉCIAUX
Tim Ringrose
Directeur de l’éducation des cadres
The University of St Andrews Business School, Écosse, Royaume-Uni
ARTICLE DE COUVERTURE
| Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités
Pour moi, l’éducation des cadres peut se
résumer à des expériences d’apprentissage
conçues
pour
les
professionnels
et
les
dirigeants d’entreprise afin de renforcer leurs
compétences en gestion et en leadership. Ces
expériences peuvent inclure des programmes
de formation formels, mais elles peuvent
également prendre la forme de mentorat,
d’apprentissage entre pairs et d’une multitude
d’autres activités formatives. En adoptant une
approche « centrée sur les enjeux » (plutôt que
sur les thèmes), l’éducation des cadres,
lorsqu’elle est bien conçue, peut offrir des
avantages tangibles, au service des cadres,
des équipes et des organisations. Elle aide
ainsi chacun de ces groupes à naviguer dans
le changement, à prospérer en période d’in-
certitude
et
à
réaliser
pleinement
son
potentiel — offrant ainsi une valeur potentiel-
lement transformatrice.
À la Business School de l’University of St
Andrews, notre approche de l’éducation des
cadres est guidée par un engagement envers
l’excellence académique et l’identité distinc-
tive du lieu. St Andrews est la plus ancienne
université d’Écosse et la troisième plus anci-
enne du monde anglophone, avec plus de six
siècles de tradition savante. Cet héritage n’est
pas simplement historique : il imprègne
chaque aspect de l’éthique de l’université et
soutient notre mission qui consiste à offrir une
expérience éducative significative et réflexive
aux professionnels d’aujourd’hui.
Pourquoi le lieu compte dans un paysage
éducatif en mutation
Ces
dernières
années,
l’enseignement
supérieur a connu une évolution significative
vers l’apprentissage numérique et à distance.
La pandémie de COVID-19 a accéléré cette
transition, incitant les universités du monde
entier à élargir leurs offres en ligne et à
développer des modes de diffusion flexibles
et enrichis par la technologie. Bien que l’Uni-
versity of St Andrews ait adopté cette évolu-
tion — avec l’apprentissage en ligne, les
sessions virtuelles en direct et le mentorat à
distance constituant des éléments clés de
notre portefeuille d’éducation des cadres —
“À la Business School de
l’University of St Andrews, notre
approche de l’éducation des cadres
est guidée par un engagement
envers l’excellence académique et
l’identité distinctive du lieu. St
Andrews est la plus ancienne
université d’Écosse et la troisième
plus ancienne du monde
anglophone, avec plus de six
siècles de tradition savante. ”
Équilibrer tradition et
transformation :
faire progresser l’éducation des
cadres à St Andrews
09
Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités |
nous sommes tout aussi conscients que toute
la valeur éducative ne peut être reproduite en
ligne.
Il y a quelque chose d’irremplaçable dans le
fait d’apprendre dans un lieu comme St
Andrews. La ville et l’université sont profondé-
ment
liées,
formant
une
communauté
académique vivante qui a inspiré des généra-
tions d’apprenants. Lorsque les participants
viennent à St Andrews, ils ne se contentent pas
d’assister à un cours : ils s’immergent dans un
cadre qui favorise l’introspection, l’échange
collégial et la curiosité intellectuelle. L’environ-
nement physique, associé à notre héritage,
offre une rare opportunité de prendre du recul
face aux contraintes professionnelles et de se
recentrer.
Ce sentiment d’ancrage est au cœur de ce que
nous faisons différemment avec l’éducation
des cadres à l’University of St Andrews. Bien
que notre Business School et nos programmes
pour cadres soient des ajouts récents — la
Business School a moins de deux ans et notre
portefeuille d’éducation des cadres un peu
“
“
Il y a quelque chose
d’irremplaçable dans le
fait d’apprendre dans
un lieu comme St
Andrews. La ville et
l’université sont
profondément liées,
formant une
communauté
académique vivante
qui a inspiré des
générations
d’apprenants.
10
| Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités
plus d’un an — ils s’enracinent dans une institu-
tion forte de 600 ans d’excellence académique.
Cet héritage nous confère une profondeur de
crédibilité académique, mais en tant que nou-
veaux venus sur le marché de l’éducation des
cadres, nous bénéficions également d’agilité,
d’innovation et d’un engagement institutionnel
fort envers l’interdisciplinarité.
Une expansion réfléchie
Le lancement de la Business School de l’Univer-
sity of St Andrews, créée par la fusion de la
réputée School of Management et de la School
of Economics and Finance, a constitué une
décision stratégique visant à faire évoluer la
proposition de valeur de St Andrews. Historique-
ment, l’université est reconnue pour la qualité
mondiale de son enseignement de premier
cycle.
Aujourd’hui,
nous
élargissons
notre
champ
d’action
pour
proposer
des
programmes de troisième cycle à fort impact,
notamment des masters enseignés, des doc-
torats, un EMBA (actuellement en développe-
ment) ainsi qu’un portefeuille en expansion d’of-
fres en éducation des cadres.
“Tous nos programmes
associent les résultats
de recherche des
professeurs de St
Andrews à l’expérience
vécue et au savoir
sectoriel des
praticiens. Ce double
accent garantit que
l’apprentissage
demeure à la fois
intellectuellement
riche et ancré dans des
applications
concrètes.”
11
Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités |
Il est important de souligner que l’éducation des
cadres à St Andrews ne se limite pas à la Busi-
ness School. Il s’agit d’une initiative à l’échelle de
l’université. Nous nous appuyons sur l’expertise
des 18 facultés — de la médecine et des rela-
tions internationales aux langues, aux sciences
de la Terre et aux technologies de l’information
— ce qui nous permet de concevoir des
programmes à la fois rigoureux sur le plan
académique et pertinents sur le plan pratique.
L’éducation des cadres, à la manière de St
Andrews
Notre portefeuille en éducation des cadres
comprend à la fois des cours courts en inscrip-
tion libre et des solutions d’apprentissage
entièrement personnalisées, co-créées avec
des
organisations
partenaires.
Tous
nos
programmes
associent
les
résultats
de
recherche des professeurs de St Andrews à
l’expérience vécue et au savoir sectoriel des
praticiens. Ce double accent garantit que l’ap-
prentissage demeure à la fois intellectuellement
riche et ancré dans des applications concrètes.
Essentiellement, notre objectif n’est pas de
reproduire ce que font les autres ni de proposer
des cours de gestion génériques. Nous cher-
12
chons plutôt à développer des programmes qui
répondent directement aux besoins et aux am-
bitions de nos partenaires en éducation des
cadres — qu’il s’agisse d’une agence gouverne-
mentale, d’une institution financière, d’une
organisation mondiale à but non lucratif ou
d’une entreprise locale. Nous nous engageons à
construire des partenariats significatifs et mut-
uellement bénéfiques.
Cet ancrage local se reflète dans une vision
globale. Que nous travaillions avec des profes-
sionnels des services financiers au Japon, des
entreprises énergétiques au Chili ou des ONG
en Inde, notre objectif demeure le même : créer
un apprentissage à impact durable. Notre am-
bition est de rejoindre les apprenants dans leur
contexte — qu’il soit professionnel, géo-
graphique ou culturel — tout en leur offrant
toujours la possibilité de se connecter à
l’expérience d’apprentissage de St Andrews,
que ce soit en présentiel ou en virtuel.
Objectifs futurs
En regardant vers l’avenir, nous sommes
enthousiastes à l’idée de l’ouverture prochaine
du New College (prévue pour l’année académi-
que 2028/29) — une infrastructure ultramod-
| Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités
“Nous créons des
programmes qui
font bien plus que
transmettre des
connaissances ;
ils permettent aux
individus et aux
organisations de
s’adapter avec
détermination et
intégrité dans un
monde en rapide
mutation. ”
erne qui accueillera à la fois la School of Inter-
national Relations et la Business School. Un
tiers complet de cet espace sera consacré à
l’éducation des cadres. Ce sera un lieu non
seulement pour acquérir des connaissances,
mais aussi pour penser autrement et explorer
de nouvelles idées, à l’écart des pressions
quotidiennes de la vie professionnelle.
Au cœur de ce que nous construisons se
trouve un nouveau modèle d’éducation des
cadres — profondément ancré dans les
valeurs de l’université, aligné sur les besoins
mondiaux et dédié à la collaboration interdis-
ciplinaire. Nous créons des programmes qui
font bien plus que transmettre des connais-
sances ; ils permettent aux individus et aux
organisations de s’adapter avec détermina-
tion et intégrité dans un monde en rapide
mutation.
Nous sommes au début d’un parcours prom-
etteur. Mais avec l’héritage de St Andrews
derrière nous et une vision claire pour l’avenir,
je suis convaincu que nous sommes bien
placés pour offrir une éducation des cadres
véritablement distinctive — non seulement
dans sa mise en œuvre, mais aussi dans l’im-
pact durable qu’elle laisse derrière elle.
13
Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités |
14
Professor Dima Jamali
Doyenne, Adnan Kassar School of Business,
Lebanese American University, Liban
LUMIÈRES SUR LE LEADERSHIP
| Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités
Professeure Dima, c’est pour nous un véritable
honneur de vous accueillir parmi les figures
marquantes du leadership de la Lettre d'infor-
mation Universitaire, en particulier à l’occasion
de votre prise de fonction en tant que doyenne
de l’Adnan Kassar School of Business (AKSOB) à
la Lebanese American University (LAU). Pour-
riez-vous commencer par présenter à nos
lecteurs votre parcours professionnel jusqu’à
present?
Mon parcours professionnel s’étend sur plus de
deux décennies dans divers contextes académi-
ques, de leadership et de politiques au Liban, aux
Émirats arabes unis, au Royaume-Uni et aux
États-Unis. Depuis mes débuts dans le monde
universitaire, j’ai été animée par une profonde
conviction dans le pouvoir de l’éducation à élever
les individus et les communautés. Que ce soit à
travers mes recherches en responsabilité sociale
des entreprises et en durabilité, ou dans mes
fonctions exécutives — comme mon rôle de
vice-présidente et doyenne à la Canadian
University Dubai — ma mission a toujours été de
façonner des institutions porteuses de sens qui
donnent aux générations futures les moyens de
s’épanouir. Chaque étape de mon parcours a
renforcé ma conviction que le véritable leader-
ship académique réside dans la capacité à relier
le savoir scientifique aux défis et aux opportunités
du monde réel. Aujourd’hui, à l’Adnan Kassar
School of Business, j’apporte cet engagement de
toute une vie envers l’impact et l’excellence à un
contexte qui me tient particulièrement à cœur —
le Liban et la région au sens large.
Comme vous l’avez souligné, vous avez exercé
des fonctions de direction dans divers contex-
tes.
Avec
le
recul,
quel
fil
conducteur
voyez-vous dans votre parcours et comment
celui-ci façonne-t-il votre vision de l’avenir de
l’enseignement supérieur dans la region?
Avec le recul, le fil conducteur qui a constam-
ment relié toutes les facettes de ma carrière est
la recherche d’un impact significatif à travers
l’éducation. Que ce soit en façonnant des poli-
tiques, en encadrant des étudiants, en menant
des recherches ou en dirigeant des institutions
académiques, j’ai toujours considéré le savoir
comme un catalyseur de transformation. Il ne
suffit pas d’informer — nous devons aussi
inspirer. Cette conviction a façonné ma vision
de l’enseignement supérieur comme une
plateforme de progrès inclusif. Cela signifie
créer des environnements d’apprentissage
diversifiés, tournés vers l’avenir et profondé-
ment engagés dans un leadership éthique.
Dans chaque rôle que j’ai occupé, j’ai travaillé à
insuffler ces valeurs — non seulement dans les
structures institutionnelles, mais aussi chez les
individus.
Le Liban et la région au sens large ont connu
d’énormes bouleversements économiques et
sociaux au cours des dernières années. Com-
ment voyez-vous le rôle des universités dans
la contribution à la résilience et à la recon-
struction?
Dans des régions comme la nôtre, les universi-
tés portent une responsabilité profonde qui va
bien au-delà de l’académique. Elles comptent
parmi les rares institutions qui ont conservé la
“Que ce soit en façonnant des
politiques, en encadrant des
étudiants, en menant des recherches
ou en dirigeant des institutions
académiques, j’ai toujours considéré
le savoir comme un catalyseur de
transformation. Il ne suffit pas
d’informer — nous devons aussi
inspirer. ”
Vers l’innovation, l’inclusion
et le leadership régional :
Entretien avec la professeure Dima Jamali, doyenne
de l’Adnan Kassar School of Business, Lebanese
American University, Liban
21
World-Saving Environmental Sciences: Future-Ready Perspectives | 15
Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités |
confiance du public — et cette confiance est
vitale en période d’incertitude. Au Liban et dans
l’ensemble du monde arabe, les universités
sont appelées à faire plus qu’enseigner : elles
doivent contribuer activement à la résilience, à
la cohésion sociale et à la reconstruction. Ce
sont des lieux où naissent les idées, où la nou-
velle génération réapprend à rêver et où
l’espoir n’est pas seulement enseigné, mais
pratiqué. À la LAU, et plus particulièrement à
l’AKSOB, nous visons à mobiliser notre capital
académique pour stimuler l’innovation, soute-
nir l’autonomisation des jeunes et contribuer à
rétablir la confiance civique. Ce faisant, nous
renforçons le rôle essentiel que doivent jouer
les universités dans la construction de sociétés
stables et inclusives.
La LAU est solidement enracinée au Liban, tout
en évoluant dans un écosystème académi-
que mondial. Comment conciliez-vous la
compétitivité internationale avec l’engage-
ment à répondre aux besoins spécifiques de
votre contexte local et regional?
Dans le monde interconnecté d’aujourd’hui,
nous devons résister à la tentation de con-
sidérer les responsabilités locales et mondiales
comme mutuellement exclusives. À l’AKSOB,
nous sommes fiers de notre accréditation
AACSB et de la reconnaissance mondiale
qu’elle nous confère — mais nous comprenons
aussi que la pertinence commence chez nous.
Le Liban présente un contexte unique — riche
en talents mais profondément éprouvé. Notre
devoir est de préparer les étudiants à exceller
sur les scènes internationales tout en restant
enracinés dans les réalités de leurs commu-
nautés.
Cela
signifie
concevoir
des
programmes qui répondent aux deux dimen-
sions — en intégrant les approches les plus
novatrices en management avec une com-
préhension approfondie des besoins régionaux
tels que la reprise économique, la migration
des jeunes, l’inclusion numérique et l’entrepre-
neuriat. Équilibrer les standards mondiaux avec
une finalité locale n’est pas seulement une
stratégie — c’est une nécessité.
Partout dans le monde, les écoles de com-
merce
sont
appelées
à
s’adapter
aux
changements technologiques, économiques
et sociaux rapides. Selon vous, quelle est la
transformation la plus urgente dont l’ensei-
gnement du management a besoin aujo-
urd’hui?
L’enseignement du management ne peut plus
se permettre d’être réactif. Le monde évolue
rapidement — sous l’impulsion de l’intelligence
artificielle, du changement climatique, de la
transformation des marchés du travail et des
bouleversements sociaux. Les écoles de com-
merce doivent devenir des laboratoires de
préparation à l’avenir. Nous devons intégrer
l’agilité dans tout ce que nous faisons — de nos
programmes à nos méthodologies d’ensei-
gnement, jusqu’à la manière dont nous intera-
gissons avec nos communautés. À l’AKSOB,
nous travaillons à intégrer des domaines
critiques tels que l’intelligence artificielle, les
indicateurs de durabilité, l’entrepreneuriat
À l’AKSOB, nous sommes
fiers de notre accréditation
AACSB et de la
reconnaissance mondiale
qu’elle nous confère — mais
nous comprenons aussi que
la pertinence commence
chez nous. Le Liban présente
un contexte unique — riche
en talents mais
profondément éprouvé.
Notre devoir est de préparer
les étudiants à exceller sur
les scènes internationales
tout en restant enracinés
dans les réalités de leurs
communautés.
“
“
16
| Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités
numérique et les normes ESG, non pas comme
des options ou des compléments, mais comme
des piliers fondamentaux. La transformation
nécessaire ne consiste pas simplement à suivre
les tendances — il s’agit plutôt de les anticiper et
de donner aux étudiants les moyens de diriger
avec assurance et conscience.
Vous êtes largement reconnue pour vos travaux
sur la responsabilité sociale des entreprises
(RSE) et la durabilité. Pourquoi considérez-vous
que ces valeurs sont fondamentales pour l’ave-
nir des affaires, et comment pensez-vous que
les universités peuvent s’assurer qu’elles ne
soient pas de simples « ajouts » ou des réflexions
secondaires dans leurs programmes?
Pour moi, la RSE et la durabilité ne sont pas des
idées abstraites — ce sont des impératifs
profondément
pratiques.
Mes
recherches
académiques se sont depuis longtemps concen-
trées sur la manière dont les entreprises peuvent
— et doivent — contribuer positivement à la
société et à l’environnement. Ces valeurs ne sont
plus de simples « atouts » ; elles sont essentielles à
la réussite et à la légitimité à long terme. Les
universités doivent jouer un rôle moteur dans
l’intégration de cet état d’esprit. À l’AKSOB, nous
intégrons la durabilité et la responsabilité sociale
à travers nos programmes, nos axes de recherche
et nos partenariats. Nous voulons que nos étudi-
ants obtiennent leur diplôme non seulement en
tant que professionnels compétents, mais aussi
en tant que leaders éthiques qui comprennent
que les entreprises doivent faire partie de la solu-
tion — et non du problème.
Lorsque vous pensez à la prochaine génération
de diplômés en management, quelles qualités
estimez-vous qu’ils doivent incarner pour nav-
iguer dans le monde qu’ils héritent ?
Le monde dans lequel les diplômés d’aujourd’hui
font leur entrée est très différent de celui que nous
connaissions il y a une génération. Il est plus con-
necté, plus volatile et exige davantage de flexi-
bilité et de sens. Nos étudiants doivent incarner
l’adaptabilité — la capacité de s’adapter et
d’apprendre en continu. Ils doivent porter l’em-
pathie — la capacité de comprendre des
perspectives diverses et de diriger de manière
inclusive. Et ils doivent être animés par une
finalité — une clarté de valeurs qui oriente leurs
décisions aussi bien en période de stabilité que
d’incertitude. À l’AKSOB, nous nous efforçons de
cultiver ces qualités non seulement à travers ce
que nous enseignons, mais aussi par la
manière dont nous encadrons, mentorons et
autonomisons nos étudiants chaque jour.
Si vous vous projetez dans une dizaine d’an-
nées, quel impact durable aimeriez-vous que
l’Adnan Kassar School of Business exerce —
sur ses étudiants, sa communauté et, plus
largement, sur la region ?
Ma vision pour l’AKSOB est ancrée dans
l’impact. Je veux bâtir une école de commerce
qui ne prépare pas seulement les étudiants au
marché du travail, mais à la vie — une école qui
incarne l’innovation, l’inclusion et le leadership
régional. L’un de mes objectifs est de renforcer
le pont entre le monde académique et l’indus-
trie afin que nos diplômés ne soient pas seule-
ment prêts à intégrer le marché du travail, mais
qu’ils soient en mesure de le transformer. J’es-
père que, d’ici dix ans, l’AKSOB sera perçue non
seulement comme l’une des meilleures écoles
de commerce de la région, mais aussi comme
un modèle de ce que signifie diriger avec
intégrité, pertinence et sens. En définitive, je
souhaite que nos étudiants quittent l’école non
seulement avec un diplôme, mais aussi avec
une mission — celle de participer au change-
ment qu’ils aspirent à voir.
“Ma vision pour l’AKSOB est
ancrée dans l’impact. Je veux
bâtir une école de commerce qui
ne prépare pas seulement les
étudiants au marché du travail,
mais à la vie — une école qui
incarne l’innovation, l’inclusion
et le leadership régional. ”
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World-Saving Environmental Sciences: Future-Ready Perspectives | 17
Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités |
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LUMIÈRES SUR LE LEADERSHIP
Professeur Mohammed Awad
Vice-recteur adjoint aux affaires académiques et profes-
seur d’informatique à l’American University of Ras Al
Khaimah (AURAK), Émirats arabes unis (EAU)
| Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités
Professeur Mohammed, nous sommes ravis
d’avoir l’occasion d’échanger avec vous dans
ce numéro de la Lettre d'information Universi-
taire. En tant que figure marquante du leader-
ship, pourriez-vous commencer par présenter
votre parcours académique, qui a abouti à
votre nomination en tant que vice-recteur
adjoint aux affaires académiques à l’AURAK ?
Merci, c’est un plaisir de participer à cette con-
versation. Mon parcours académique a débuté
par une licence en informatique à l’Université de
Yarmouk, en Jordanie, suivie d’un master et d’un
doctorat en informatique à l’Université de Hou-
ston, aux États-Unis. Durant mon séjour à Hou-
ston, j’ai acquis une expérience précieuse en
tant qu’assistant d’enseignement, ce qui a
façonné ma passion durable pour l’enseigne-
ment supérieur et m’a inspiré à poursuivre une
carrière académique.
J’ai rejoint l’AURAK en 2013. Au cours de la dern-
ière décennie, j’ai eu la chance de grandir avec
l’institution, en exerçant les fonctions de coordi-
nateur de programme, de directeur de dépar-
tement et de professeur. Ces rôles m’ont permis
de contribuer directement au développement
des programmes, à l’accréditation ainsi qu’au
mentorat des étudiants et des professeurs.
En chemin, j’ai eu l’honneur de recevoir le Presi-
dent’s Award for Excellence in Teaching, puis le
President’s Award for Leadership in Service, qui
reflètent mon double engagement envers la
pédagogie et le développement institutionnel.
En septembre 2023, j’ai été nommé vice-recteur
adjoint aux affaires académiques, un rôle qui
me permet de capitaliser sur ces expériences et
de travailler en étroite collaboration avec les
étudiants, les enseignants et la direction afin de
façonner
les
politiques
académiques,
de
renforcer les services d’accompagnement et
de promouvoir la réussite étudiante dans toute
l’université. Cette progression reflète à la fois
une passion personnelle pour l’éducation et les
opportunités dynamiques offertes par l’AURAK
en matière de développement du leadership.
Vos recherches couvrent une multitude de
sujets à la fois pressants et divergents. Com-
ment
intégrez-vous
des
intérêts
de
recherche aussi variés — allant de la
cybersécurité à la détection environnemen-
tale — dans votre vision académique à l’AU-
“
Mes recherches ont toujours été
motivées par des problèmes
concrets qui exigent des
solutions pratiques et
interdisciplinaires. Bien que les
sujets puissent sembler très
variés — de la cybersécurité et
des systèmes de vote
électronique aux applications
de la science des données, à la
ludification de l’éducation et
aux projets de nanosatellites —
ils sont reliés par un thème
commun : l’utilisation de la
technologie pour créer des
systèmes plus sûrs, plus
transparents et plus stimulants
pour la société.
“
Diriger avec Intégrité
et Résilience :
Entretien avec le professeur Mohammed Awad, vice-recteur adjoint aux affai-
res académiques et professeur d’informatique, American University of Ras Al
Khaimah (AURAK), Émirats arabes unis
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Équilibrer tradition et transformation : le lieu et l’avenir des universités |
RAK, et pouvez-vous commenter davantage
la manière dont cela se rapporte à l’interdis-
ciplinarité dans l’enseignement supérieur
aujourd’hui ?
Mes recherches ont toujours été motivées par
des problèmes concrets qui exigent des solu-
tions pratiques et interdisciplinaires. Bien que
les sujets puissent sembler très variés — de la
cybersécurité et des systèmes de vote élec-
tronique aux applications de la science des
données, à la ludification de l’éducation et aux
projets de nanosatellites — ils sont reliés par
un thème commun : l’utilisation de la technol-
ogie pour créer des systèmes plus sûrs, plus
transparents et plus stimulants pour la
société.
Par exemple, mes travaux en cybersécurité se
sont concentrés sur l’amélioration des pra-
tiques de mots de passe, la détection des
vulnérabilités liées au phishing et la concep-
tion de systèmes de vote cryptographiques
garantissant transparence et confiance. En
parallèle, grâce à l’apprentissage automa-
tique et à l’analyse de données, j’ai abordé
des défis tels que la prédiction des accidents
de la route et l’abandon de clients. Ces
domaines se recoupent lorsqu’on les con-
sidère sous l’angle de l’intégrité des données,
de la sécurité des systèmes et de la confi-
ance des utilisateurs.
À l’AURAK, cette diversité de recherche se
traduit par une vision académique où l’inter-
disciplinarité n’est pas seulement encour-
agée,
mais
nécessaire.
Un
exemple
marquant est notre projet CubeSat, où j’ai
co-encadré des étudiants aux côtés de
collègues en ingénierie. Ensemble, nous
avons conçu un nanosatellite lancé dans
l’espace en 2020. Ce projet a combiné
l’ingénierie aérospatiale et les systèmes
informatiques — précisément le type de
collaboration interdisciplinaire qui prépare
les étudiants à l’avenir.
Aujourd’hui, l’enseignement supérieur doit
dépasser les expertises cloisonnées. À l’AU-
RAK, les professeurs et les étudiants travail-
lent à travers les disciplines pour relever les
défis régionaux et mondiaux — qu’il s’agisse
de villes intelligentes, de durabilité ou de
gouvernance numérique. Je crois que l’inter-
disciplinarité renforce non seulement la
production scientifique, mais aussi l’ensei-
gnement, car les étudiants voient concrète-
ment comment l’informatique se relie à la
santé, aux affaires, à la durabilité et à la gou-
vernance.
En lien avec cela, étant vous-même forte-
ment publié dans des revues à fort impact,
comment voyez-vous les recherches des
professeurs de l’AURAK se traduire plus
“
“
À l’AURAK, la recherche n’est
jamais confinée à la sphère
académique — elle est
étroitement liée à la résolution de
défis concrets qui comptent pour
Ras Al Khaimah, les Émirats
arabes unis et la région au sens
large. Nos professeurs et nos
étudiants collaborent avec des
partenaires locaux, des acteurs
industriels et des entités
gouvernementales afin de
garantir que la recherche
académique se traduise par des
résultats tangibles.
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